De l'art de la récup'

Publié le par anima

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Je ne suis pas mécontent d'entendre le blabla médiatique enfler à mesure que s'approche l'échéance de la "Fête du Graphisme", qui se déroulera du 30 janvier au 2 février à Paris. Voilà une grogne qui sied à mes oreilles, bien qu'elle reste dispersée mais de plus en plus argumentée à l'égard d'un machin qui prétend éclairer "le siège de l'opportunisme ringard" qu'est devenu le graphisme, en arborant pour emblème un visuel qui ne l'est pas moins, ringard.

Petits rappels à l'attention des néophytes qui continuent de ne prêter aucune attention (comme on les comprend !) à la décrépitude organisée d'une discipline des plus socialement utiles :
• l'agence privée Artévia, autoproclamée promotrice "de nouvelles approches de la culture", organise un événement strictement parisien intitulé la "Fête du graphisme", sous le patronnage du Ministaire de la Kultur et de la Qomunicassion.
• Pour réaliser le visuel et le logo de son événementiel, elle fait appel à Jean-Paul Goude, lequel refourgue à l'occasion ("gracieusement", selon ses dires, et sans jeu de mot) un croquis d'inspiration daté de 1981, lequel constituait l'une de ses recherches pour le vidéoclip "Libertango" de son égérie d'alors, la chanteuse américaine Grace Jones, que Goude nous cuisinait déjà à toutes les sauces, spots publicitaires inclus. C'était fun, multicolore, paillettes, gauche-caviard, mollement déjanté, ... les années 80 quoi ! Image, Gold, Jean-Pierre Mader, voyez le genre ! Non ? Tant mieux.
• Et voilà t'y pas qu'un agglomérat de jaloux - probablement des vautours sans talent qui peinent à travailler avec les rares commanditaires susceptibles de les faire vivre - trépigne et gesticule de-ci de-là comme un vulgaire ex-président de la république, sous prétexte que cette opération de comm' ne serait qu'une grosse enfumade de plus pour détourner les regards !

Hey, les gars et les filles ! Venez donc voir l'état du graphisme en province ! Des bidules de communicants de cet acabit, on s'en tape régulièrement pléthore, nous ! Certes, ils sont souvent plus confidentiels mais tout aussi délicieusement bobo. Ils portent les intitulés fourre-tout de "forum", "convention" ou même "festival", et sont généralement initiés par des "planques pour communicants publics incultes" (parfois déguisés en "collectifs") au pouvoir de persuasion tel qu'ils finissent toujours par y faire adhérer
par défaut (quand ce n'est pas sous quelque pression habile à l'emploi) les rares graphistes dignes de revendiquer encore cette appellation définitivement plus proche de l'artisanat appliqué que des arts plastiques prétentieux.

Ainsi, la "Fête du graphisme" s'ajoute à la longue liste des signaux d'alertes qui s'enchaînent depuis 2008/2009, période durant laquelle, prétextant la réduction drastique des budgets de communication, l'écrasante majorité des donneurs d'ordre en la matière a signé l'arrêt d'expulsion de la créativité - la vraie, celle qui ne se décrète pas mais se sème et se cultive -
de la commande, privée comme publique.
Quant aux petits jeunes, avides de 3D et de motion design responsive, qui arrivent par bataillons chaque année pour se fracasser violemment le pif sur la réalité de ce secteur d'activité sinistré, qu'ils aillent au diable !

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