Patrimoine foireux

Publié le par anima

  vie_secrete_elysee.jpg

©  Présidence de la République - Dorothée Adam - Tous droits réservés

A l'occasion des "Journées du patrimoines 2014", le palais de l'Elysée vient de publier une vidéo autopromotionnelle pour inciter le chaland à venir découvrir les dorures de la Républiques, à regarder le doigt alors qu'il faudrait regarder la Lune.
C'est de bonne guerre (sans mauvais jeu de mot), la veille de l'annonce par notre guide suprême des frappes aériennes en Rafale™ en Irak.

Seulement voilà, cette réalisation, probablement fabriquée par un stagiaire découvrant les fonctionnalités de "marionnettes" dans After Effect, apparaît aussi creuse et réchauffée qu'une promesse électorale, pour la simple et bonne raison que ce machin a été piloté par le service communication de la maison présidentielle, c'est-à-dire par une bande de zozos à la créativité absconse dont on connaît bien désormais l'amateurisme.
Le pitch : quand le brouhaha quotidien qui agite les lustres élyséens laisse enfin la place à la quiétude salutaire d'une fin de journée, le mobilier baroque des lieux prend vie : des bras bougent mécaniquement, des chevaux se cabrent artificiellement, des ciels peints se meuvent, des chérubins font mu-muse. Mais attention, quand le grand-monsieur-noir-déguisé-en pingouin-symbole-de-la-diversité-servile-atteignant-les-plus-hautes-sphrères-de-l'Etat lève les yeux sur les plafonds ornés, la vie secrête de l'art pompier retrouve son immobilité désolante.

D'aucuns verront peut-être dans cette initiative maladroite surfant sur le succès planétaire du film de Rino Steffano Tagliafierro (Beauty, 2013) l'espoir de pénétrer le marché prétendu juteux de la valorisation de patrimoine par l'image animée dans lequel se sont déjà jetés tête baissée bon nombre de musées publics et privés avec la réussite que l'on sait.
Mais à ces optimistes béats, je recommanderais vivement :
1° de visionner ces vidéos sans son, c'est-à-dire sans les bruitages cache-misère,
2° d'aiguiser leur regard pour évaluer correctement les réalisations similaires qui devraient continuer d'inonder durablement la blogosphère,
3° de s'interroger sur les moyens financiers mis à disposition des infographistes autoproclamés "animateurs", coupables de ces gadgets vides de sens.
Je prends d'ores et déjà les paris que cet examen attentif ne révélera aucune conclusion glorieuse.

A cet instant, j'ai à nouveau une pensée émue pour un musée bas-normand (dont je ne citerai pas le nom par politesse) articulé autour d'une œuvre unique qui se ridiculise depuis 2009 avec une vidéo bidouillée sans conviction et néanmoins refourguée à prix d'or - compte tenu de ce qu'elle a coûté - aux touristes incultes du monde entier.


On a les communicants que l'on mérite.
Mieux vaut en rire.


> Voir le bouzin
> Revoir Beauty
(fort de son succès en festival, sa version intégrale n'est plus en libre accès)

Commenter cet article