Le grand art de la distribution cinématographique

Publié le par anima

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La distribution française des longs métrage réalisés par Isao Takahata a toujours posé problèmes. Depuis la sortie du Tombeau des lucioles en 1996 (inclassable, mal accueilli, estimé "difficile d'accès"), jusqu'à la prochaine exploitation en salles du Conte de la Princesse Kaguya, à partir du 25 juin prochain, ce cinéma ne rentre décidément pas dans les cases prédéfinies. Il continue de ne pas être réductible à aucun raccourci médiatique. Il semble ne pas mériter plus que ses antécédents désastreux que furent - pour ne citer qu'elles - les sorties de Nos voisins les Yamadas (1999) et Souvenirs goutte-à-goutte (directement publié en DVD en 2007). Pour un peu, on pourrait presque penser que le cinéaste n'y met pas vraiment du sien ! C'est vrai, quoi, quelques chansons mièvres, une bonne dose de bienpensance, des gags bien sentis, un graphisme et des sujets plus aseptisés, et tout serait bien plus simple !
Du coup, comment interpréter autrement que comme un nouveau signe de déconsidération le choix de cette date qui assure la quasi-garantie d'une audience anémique pour les deux mois qui la suivront (car léthargie estivale et post-examens scolaires) quelle que soit la qualité du bouche-à-oreille que l'ultime long métrage du cinéaste japonais sera en capacité de générer ?  

 
Certes, on voit bien la stratégie compensatoire mise en place pour tenter de sauver les meubles : une série d'éclairages médiatiques ponctuels en amont de la sortie nationale
comme autant d'incantations magiques pour un afflux minimal dans les salles par l'opération d'une sorte d'Esprit-Saint des petits mickeys qui aurait la bonté divine de produire un miracle de type "multiplication des pains".

Une couverture du "Film français" (périodique professionnel consulté par l'ensemble des exploitants de salles), la présence du film dans la sélection de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes (fin mai) et un hommage rendu à Annecy (début juin) suffiraient donc à palier les conséquences contreproductives d'un positionnement calendaire si défavorable !
On fera semblant d'y croire par politesse, mais franchement...

 

Bon, une fois exprimée cette déception - attitude assez vaine j'en conviens - vis-à-vis d'une énième occasion manquée de susciter une reconnaissance nationale plus vaste d'un cinéaste majeur, il ne reste plus qu'à se retrousser les manches et défendre le long métrage sur la durée (1, 5, 10 ans ?), avec les moyens du bord. Ce ne sera pas simple, mais on y arrivera. 

 

A ce stade, on commencera par postuler sur le fait que le Conte de la princesse Kaguya pourrait bien s'inscrire, humblement mais sûrement, dans la continuité d'un art "proto-cinématographique" plus que millénaire. Ces quelques images-ricochets peuvent nous y inviter.
Cette intuition se vérifiera-t-elle dans quelques semaines ?


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Et pour ceux qui n'auraient pas encore bien compris que la distribution française de films d'animation japonais relève toujours du casse-tête chinois, voire de l'acrobatie de haute voltige, jetons un œil averti - ci-dessous - sur les affiches du long métrage utilisées sur les deux territoires.
Si le visuel français s'honore d'un impact graphique supérieur (le "Conte du coupeur de bambous", dont le film d'Isao Takahata est l'adaptation, reste globalement inconnu des publics occidentaux), il neutralise grâce à une colorimétrie plus "positive" l'accent porté par les japonais (sans doute avec l'aval du cinéaste lui-même) sur le plan le plus violent du film (refusant d'accepter les contraintes de sa condition de princesse, Takenoko rêve d'une fuite désespérée à l'issue tragique) autant par stratégie consensuelle que par bon sens commercial.
Du grand art, vous dis-je !

 

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Notons toutefois qu'une seconde affiche officielle a été éditée pour le territoire japonais, insistant elle sur un aspect merveilleux du conte originel, lequel aspect n'est pas sans évoquer notre Tom Pouce occidental que le distributeur franco-américain du film aurait sans doute pu utiliser pour induire les transversalités entre mythes populaires.
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